D’autres villes le prouvent, ce n’est pas un parking qui sauve le commerce local mais une politique globale.

Les places de parc, solution miracle au développement du commerce local ?

Les défenseurs de l’initiative « Ma Place » nous disent que sans parking sous la Place du Marché, les commerçants de la vieille ville vont mettre la clé sous le paillasson. Mais qu’en est-il vraiment ? Ce parking de grande capacité est-il la solution miracle au maintien et au développement du commerce local et des activités ?

Dans les années 1980, de nombreuses rues de la vieille ville étaient accessibles aux voitures et jalonnées de places de parc. La place Scanavin était même utilisée comme parking. A l’époque, le passage en zone piétonne de la rue du Lac avait soulevé un véritable tollé ! On criait à la mort du commerce local.

Or aujourd’hui, force est de constater que les commerçants sont toujours là et que la population et les touristes apprécient faire leurs achats dans ces rues piétonnes, tranquilles et accueillantes. En 2019, personne ne souhaiterait un retour en arrière. La piétonnisation de ces rues n’a pas fait dépérir les commerçants bien au contraire. Elle a permis de libérer de l’espace public pour développer les terrasses et poser du mobilier urbain renforçant l’attractivité et le dynamisme de la vieille ville. Cet exemple démontre bien que la piétonnisation de l’espace public n’est pas synonyme de mort du commerce, mais plutôt une démarche à poursuivre à l’avenir.

Le parking de la Place du Marché est perçu par les initiants comme le garant de la santé économique des commerçants de la vieille ville. Mais ce parking contrairement aux idées reçues n’est ni le plus centré par rapport à la vieille ville ni le plus utilisé. Son taux d’occupation est d’environ 60% sur l’année et il n’est complet que pendant 4,8% du temps. Ces données ont été produites par la Commune et sont régulièrement mises à jour sur le site cartoriviera.ch/parkings/.

Actuellement, malgré la fermeture des 450 places sur la Place du Marché, il subsiste en tout temps et à toutes heures, plusieurs centaines de places dans les autres parkings de la ville, notamment dans celui du Panorama, nettement plus centré par rapport à la vieille ville et directement connecté à la route cantonale.

Dès lors, le dynamisme du commerce de la vieille ville ne dépend pas principalement de la capacité de parcage à la Place du Marché. D’autres exemples probants le démontrent. Lors de grandes manifestations comme les marchés du samedi, la Foire de la St-Martin ou le cirque, la capacité de parcage sur la place est soit fortement réduite soit totalement supprimée. Pour autant, la foule est au rendez-vous.

Un parking sur ou sous la Place du Marché n’est donc pas le garant du succès économique du commerce local. D’autant plus que la vieille ville s’étend jusqu’à Vevey-Est, où les commerçants ne profiteraient absolument pas d’un tel parking. Le grand concurrent du commerce local aujourd’hui, c’est la vente en ligne et les grandes chaînes de distribution qui peuvent se permettre de casser les prix. Dans une certaine mesure, les loyers parfois exorbitants des surfaces commerciales pèsent aussi lourdement sur le budget des commerçants.

Le type de commerce ou d’enseigne a un impact important sur le dynamisme d’une rue ou d’un quartier. Ces dernières années on voit s’installer aux rez-de-chaussée, nombre de banques, assurances, agences immobilières, etc. Ces enseignes pourraient très bien se situer dans les étages supérieurs, car elles n’apportent aucune plus-value au dynamisme d’une rue.

L’avenir est ailleurs

Pour perdurer, le commerce local doit donc se différencier par l’offre, la qualité du service et des prestations proposées. Les associations de commerçants doivent aussi se mobiliser pour faire baisser les prix des loyers afin de faire revenir des artisans dans notre ville.

La Ville a aussi un rôle à jouer dans la mesure de ces moyens en rachetant des biens immobiliers. En étant propriétaire, la Ville peut ainsi mener une politique économique et commerciale novatrice en choisissant de manière pertinente, en fonction des besoins et selon les quartiers, quels commerces ou artisans installer pour dynamiser un lieu tout en pratiquant des loyers raisonnables.

En privilégiant la construction de quartiers sans voitures, la Ville pourrait également attirer une population qui se déplace par des moyens dits « doux » (vélos, vélos cargo, transports publics…). Des études démontrent que ce type d’habitat et de population encourage la consommation locale. Les commerçants auraient donc tout à y gagner en soutenant ce type de politique urbaine tournée vers l’avenir.

Quartiers sans voitures en Suisse

Le dynamisme du commerce veveysan

Cette statistique démontre clairement que le succès du commerce n’est pas corrélée à la présence de grands parkings au centre (Montreux). Evidemment, la statistique traite du commerce dans son ensemble mais il existe certainement un lien entre le succès commercial global et l’essor du petit commerce. Par exemple, le marché draine la clientèle des commerçants alentours.